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Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. 
Bernard-Henri Lévy dans De la guerre en philosophie (Grasset), à paraître le 10 février 2010.

Lorsqu'il est question d'économie solidaire, certaines images s'imposent facilement à l'esprit : le commerce équitable et particulièrement celui du café, les systèmes d'échange locaux et leurs monnaies "fondantes", le microcrédit et son inventeur prix Nobel. Mais l'économie solidaire s'étend à de nouveaux secteurs et à de nouvelles activités. L'ouvrage dirigé par Bruno Colin, directeur d'une association artistique, et Arthur Gauthier, sociologue et consultant, s'intéresse à son introduction et à son développement dans les activités artistiques et culturelles. Rédigé à la fois par des scientifiques et des acteurs de terrain, il se veut autant un moment d'analyse qu'un manifeste en faveur d'une organisation nouvelle de la production culturelle et, au-delà, de l'économie en général.
Qu'est-ce que l'économie solidaire ? Si, à la faveur du développement du commerce équitable, le terme a connu une certaine diffusion, le projet qu'il désigne et les implications de celui-ci ne sont pas toujours bien connus. De ce point de vue, le premier chapitre, rédigé par Arthur Gauthier , propose une synthèse courte mais d'une grande richesse. On y découvre que loin de constituer un projet de société propre à quelques rêveurs, l'économie solidaire pose des questions très importantes à la science et à la société. Du point de vue scientifique, l'économie solidaire constitue aujourd'hui un champ de recherche important en sociologie économique. En effet, elle questionne le mode d'appréhension usuel de l'économie, issu de la science économique néo-classique. Comme l'écrit Jean-Louis Laville dans l'article conclusif , "L'approche économique orthodoxe aboutit tout simplement à ce que de larges pans de l'économie réelles soient invisibilisés à travers différentes formes de réductionnisme" . Ainsi, on oppose trop souvent marché et État, en oubliant qu'il existe d'autres modes de satisfaction des besoins. En reprenant certains des travaux de Karl Polyani, les sociologues insistent aujourd'hui sur le caractère "pluriel" de l'économie, organisée autour de trois pôles : une économie marchande, où les ressources sont affectées par le marché en fonction d'intérêts financiers, une économie non-marchande, où cette affection est réalisée par la puissance publique, et une économie non monétaire où les liens sociaux sont les supports des échanges et des activités. L'économie solidaire, s'inscrivant, comme l'économie domestique, dans ce dernier pôle, nous rappelle ainsi que si l'économie marchande domine aujourd'hui nos sociétés, cela n'est que le fruit d'une construction historique et sociale. La question des rapports entre économie et société se trouve reposée, la première ne pouvant se penser indépendamment de la seconde comme cela est trop souvent le cas.
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Pierre larrouy