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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Inquiète, à juste titre, de l’avenir de l’universalisme, C. Fourest dresse, dans un ouvrage écrit dans le style incisif qu’on lui connaît, un inventaire des menaces qui pèsent sur lui. Elle poursuit ici un salutaire travail d’interrogation des présupposés de la bien-pensance de gauche, travail qui avait été remarquablement conduit dans La tentation obscurantiste, publié en 2005. On ne saurait trop lui être reconnaissant de l’attention alors portée, à la suite de Michel Feher, à un clivage fondamental entre « deux visions du mal secrété par la modernité : celle qui privilégie le racisme colonial et celle qui privilégie le racisme génocidaire » . Ce clivage traverse la gauche et explique largement les alliances improbables entre militants tiers-mondistes et islamistes et renvoie, ceteri paribus, au débat, au moment de l’Affaire Dreyfus, entre jaurésiens, sensibles à la lutte pour la vérité et la justice, et guesdistes, décrivant l’affrontement entre dreyfusards et anti-dreyfusards comme un conflit entre deux clans de la bourgeoisie et justifiant, ainsi, l’impassibilité du prolétariat. Elle avait, dans cette perspective, stigmatisé la retenue de ceux qui se refusent à dénoncer un mouvement fascisant, sexiste et antisémite, sous le fallacieux prétexte de solidarité à l’égard des déshérités du monde arabo-musulman, autrement dit pour ne pas désespérer les Billancourt de notre temps. Les compagnons de route de l’intégrisme musulman n’ayant rien à faire dans le camp progressiste, elle appelait à la lutte contre « la gauche confuse et sa tentation obscurantiste, avant que le mot “progressiste” ait perdu tout sens à force d’avoir été mis au service du pire ».
Droit à la différence et universalisme
Même si ces recommandations sont encore très présentes dans l'actuel ouvrage, C. Fourest centre son propos sur les dangers du multiculturalisme. L’universalisme, écrit-elle, « risque de succomber à force de tolérer les idées les plus intolérantes au nom du droit à la différence » . On ne peut lui donner tort sur ce point. L’absolutisation de la différence culturelle a, en effet, été instrumentalisée par les idéologies identitaires pour lesquelles l’individu n’existe qu’en tant que membre de sa communauté d’origine. Le retour à l’ethnicité n’a certainement plus aujourd’hui les vertus émancipatrices qui furent les siennes lorsqu’il s’agissait, à l’opposé de l’idéologie colonialiste, de reconnaître l’égale dignité de toutes les cultures. Désormais, le droit à la différence se confond trop souvent avec le droit à l’enfermement. À chacun sa culture, à chacun sa vérité, tel apparaît le slogan de ceux qui, culpabilisés par le colonialisme (et il existe mille raisons de l’être), ont entrepris de remettre en question les droits de l’homme parce que ceux-ci ont pris naissance en Occident. Ce péché originel invaliderait donc la prétention de ces droits à l’universalité. Le débat concerne clairement l’autonomie de la raison ou, si l’on veut, l’irréductibilité de la philosophie à l’ethnologie. Ce qui est requis ici, c’est le droit de juger des cultures à partir d’une définition de l’homme fondée sur son aptitude au décentrement critique.
19 commentaires
Fred
Hoel
La position de Slama de laquelle C. Fourest se sent proche n'est pas une opinion comme une autre qui serait respectable, comme on pourrait le croire à vous lire. Cette position consiste à enfermer les langues minoritaires dans la vie «privée» et à les exclure de la vie «public». Ce qui est exactement la politique de l'Etat français depuis un temps maintenant très long, et qui a conduit ces langues au bord du gouffre. Et ce qui est contraire aux textes internationaux sur les droits de l'homme qui demandent un respect des langues (et cultures).
Puisque vous n'êtes pas jacobin, il aurait été bon que dans votre critique du livre de C. Fourest, ces choses soient dites clairement plutôt que de cultiver une ambiguité certaine («il s'agit entre nous d'une querelle de famille.») et un «flou artistique» tout aussi certain : «elle me semble», «j'ai tendance», «crainte», «agacement», «idéal commun», «particularisme», ...
Policar
Juste un mot pour en finir (?). Il est facile de triompher d\'adversaires imaginaires. Vos \"argumentations\" s\'effondrent si vous ne faites pas de moi un jacobin. J\'avais essayé, très tôt dans la controverse, de préciser où je me situais (Je me sens, à ce sujet, plus proche d\'Alain Renaut que des jacobins qui, à mes yeux, confondent trop souvent amour de la République et sacralisation de la nation), mais, visiblement, vous n\'en avez cure.
Je nourris de forts doutes sur la réalité de votre lecture du livre de C. Fourest (d\'ailleurs Hoel avoue qu\'il ne l\'a pas lu !). Vous êtes des idéologues mais vous ne lisez pas les livres. C\'est, en effet, plus facile pour éviter de réfléchir.
JacquesBolo
Le seul universalisme qui vaille est un universalisme universel. La défense des langues régionales de Hoel est trop longue (mais peut-être ne veut-il pas risquer d'être dit "non argumenté", j'ai sans aucun doute plus d'assurance) mais elle est pertinente. Car l'universalisme jacobin français mérite bien ce que vous dites à mon propos "Votre position de surplomb consistant à revendiquer pour vous-même le seul universalisme qui vaille est, pour tout dire, assez déplaisante et surtout non argumentée".
Evitez aussi les "utiliser un terme hors de son champ d'usage habituel, me paraît obscurcir votre message" et "Cela n'est aucunement suggestif à mes yeux et je serais surpris si cela l'était à ceux de nos lecteurs" qui me paraissent être des trucs d'orateurs qui ne m'impressionnent pas.
Je dis que le multiculturalisme est un multilatéralisme interne justement contre le jacobinisme. Il est évident que si vous êtes jacobin, vous ne l'admettez pas. Mais si vous ne le comprenez pas, c'est une limite cognitive qui vous concerne, ce n'est pas la peine de la considérer comme générale. Il semble en effet que l'universalisation autoritaire de vos propres limites soit le problème. Le jacobinisme n'est donc pas une opinion, mais une pathologie. Tout s'éclaire.
Hoel
Il est vrai que les langues minoritaires ne sont pas l'objet d'interminables débats en france, contrairement au voile et à la burqa (un peu à l'image de votre article).
Il doit certainement y avoir une explication à cela, comme à toutes choses.
Quand aux diatribes anti-jacobine, il se trouve que la france est un pays jacobin où le centre impose sa langue, sa culture, ... sur les territoires qu'il contrôle, par divers procédés, et cela depuis un certain temps.
Je ne vous apprends surement pas grand chose en disant cela, mais en lisant votre article, comme très probablement en lisant le livre de Caroline Fourest, cela n'apparait pas comme une donnée devant être prise en compte. De là a dire qu'elle est niée...
Comment parler de multiculturalisme sans parler du fait que l'Etat français est tel qu'il est et que depuis deux siècles il a cherché a détruire les autres langues et cultures dans tout son empire ? Qu'il a cherché à imposer un monoculturallisme sur une réalité pluriculturelle. C'est apparement l'exploit qu'a réussi Caroline Forest. Comme vous même. Mais peut-être contestez-vous cette réalité «historique» (et néanmoins toujours d'actualité : cf l'impossibilité d'admettre dans le premier article de la Constitution la pluralité linguistique de la france, et le refus de signer la charte européenne sur les langues régionales ou minoritaires).
Il y a là quelque chose d'incongru qui devrait m'échapper (mais qui ne m'échappe pas), et que je vois constamment à l'oeuvre dans tous les débats, à la télé comme à la radio ou dans les journaux. On fait «comme si» la réalité première de la france était une unitée culturelle immémorielle que serait venue un peu trop perturber des cultures extérieures un peu trop islamisées. La seule question à se poser serait donc comment ne pas trop laisser perturber cette unité primordiale.
Ne parlons donc pas des "patois", ou le moins possible, en 2 cuillières à pot. Parlons du voile et de la burqa.
(J'ai bien remarqué que vous préfériez employer à la place du mot qui fache "jacobin" le doux mot de "républicain". Pourtant le mot "jacobin" n'est pas à proprement parler une insulte mais désigne une réalité, et certains s'en réclament ouvertement.
Le mot "républicain" permet de dissimuler la nature jacobine de la république. L'Allemagne est une république mais n'est pas jacobine. Une république n'est pas fatalement jacobine. Et les défenseurs des langues minoritaires contestent l'accaparemment du teme «républicain» par les Jacobins.
Le "républicain" français défend la république «une et indivible» (c'est inscrit dans la constitution), donc hostile "par définition" à la "diversité culturelle", ou pour être plus exacte, aux autres langues et cultures que la langue et culture officielle, "par définition" source de remise en cause de l' "une et indivisible".
Quand dans votre résumé, vous parlez de remise en cause de l' «universalisme» républicain, vous voulez sans doute parler en particulier de remise en cause de l'unité/unicité linguistique de la france, l'«idéal commun» dont parle Slama.
La diversité des langues et cultures est condamnée par la constitution et par l'idée que se font de la République les élites «républicaines».
Vous allez me dire : quel rapport avec le sujet ? Ben, je ne sais pas, à vous de voir (si Madame Fourest n'en parle pas, c'est que ça n'a aucun rapport).
Aucun défenseur d'une langue minoritaire dans le monde n'accepterait de reconnaître dans le modèle «républicain» français (lire «jacobin») un modèle «universaliste» devant servir de modèle au monde. Bien on contraire. S'arroger le terme «universaliste» est de la pure escroquerie intellectuelle, dommage que vous soyez incapable de le voir. Vous êtes incapable de le voir parce que vous parlez de l'intérieur du système et que vous en accepter les prémisses. Comme Caroline Fourest. Vous ne parlez pas depuis un lieu neutre et impartial, qui attribue à chaque langue les mêmes droits à l'existence.
Le modèle «multiculturel» que vous voulez bien accepter est simplement le modèle jacobin actuel, légèrement assaisonée de multiculturalisme, ou doté d'un vernis de multiculturalisme, mais qui reste fondamentalement jacobin, c'est à dire, en particulier, unilingue.
«Universalisme» versus «jacobinisme».